Joseph Roussin

"Le style simplet
le regard sitcom"

404 (2)

Un. Deux.

2. EXT. STAND DEDICACES. JOUR
Un auteur (Mister Soleil) finit un dessin. Il s’apprête à parler à la personne suivante qui fait la queue quand Hugo, son petit frère surgit et l’interrompt.

HUGO
Eh, t’as entendu pour Pieuvrette ?

MISTER SOLEIL
Oui, j’ai entendu pour Pieuvrette. Je comprends pas que tout le monde soit surpris qu’elle dessine des trucs de cul, même quand elle est sobre elle dessine des trucs de cul, elle poste que ça sur son blog, c’est parce qu’elle dessine des trucs de cul qu’elle est connue.

HUGO
T’as l’air aigri.

MISTER SOLEIL
Je suis pas aigri.

HUGO
Y’a du nouveau, pour Pieuvrette.

MISTER SOLEIL
Elle a dessiné un autre pénis ?

HUGO
Elle a vomi.

MISTER SOLEIL
C’est souvent ce qui arrive quand dès 9 heures du matin on boit trop d’alcool.

HUGO
Sur un enfant de 8 ans.

MISTER SOLEIL
Elle a bu trop d’alcool sur un enfant de 8 ans ?

HUGO
Elle a vomi sur un enfant de 8 ans.

MISTER SOLEIL
C’est plus logique.

HUGO
Franchement entre ça et Ragondin qui vient pas, cette année le festival part un peu en couilles.

LA PREMIÈRE PERSONNE DANS LA QUEUE
(écoutant la conversation depuis le début)
Ragondin vient pas ?

HUGO
Excusez-moi, on essaye de parler en privé, merci.

MISTER SOLEIL
Non, tu essayes de parler en privé. J’ai pas demandé à être impliqué dans cette conversation.
(à la première personne dans la queue)
Désolé monsieur, ne l’écoutez pas, c’est juste mon petit frère. Ragondin a une séance de dédicaces à 10h, il n’y a pas de raison qu’il ne vienne pas.

HUGO
Ça veut dire quoi ça je suis juste ton petit frère ?

MISTER SOLEIL
Eh bien, tu es né après moi, d’après les règles de la continuité temporelle dans lesquelles nous vivons, tu es défini comme mon petit frère.

HUGO
Tu sais ce qu’elle te dit la continuité temporelle ?

MISTER SOLEIL
La continuité temporelle ne dit rien, c’est un concept.

HUGO
T’as honte de moi c’est ça ?

MISTER SOLEIL
Hugo, j’essaye de dessiner pour les gens qui sont venus exprès à mon stand pour que je leur dessine quelque chose, je pense pas que ce soit le moment pour créer un autre scandale familial.

HUGO
Va te faire foutre, je me casse.

Il s’en va.

MISTER SOLEIL
(en criant)
Oh non, ça veut dire que je vais pouvoir dessiner tranquille pour les gens qui sont venus exprès pour que je leur dessine quelque chose ?
(à la première personne dans la queue)
Il est parti. Je vous dessine quoi ?

LA PREMIÈRE PERSONNE DANS LA QUEUE
Un Titeuf s’il-vous-plaît.

Mister Soleil soupire.

MISTER SOLEIL
(ironiquement, pour échapper à la demande)
Je sais pas qui c’est, désolé. Je peux vous faire autre chose ?

LA PREMIÈRE PERSONNE DANS LA QUEUE
Vous connaissez Astérix ?

Silence.

MISTER SOLEIL
Non.

404 (1)

1. EXT. FESTIVAL. JOUR

Le matin, des stands sont installés de partout avec des auteurs qui dédicacent, des files d’attente plus ou moins longues. Un jeune homme passe, c’est Ives. Il a une oreillette et l’air déterminé. C’est l’organisateur du festival. Il croise Dorothée sur son chemin. Elle travaille pour lui.

DOROTHEE
On a un problème au stand Pictionnary.

IVES
(continuant de marcher)
J’ai pas beaucoup de temps, je dois aller voir les badges.

DOROTHEE
(le suivant)
Je t’accompagne.

IVES
Tu as des nouvelles de lui ?

DOROTHEE
De qui ?

IVES
Tu sais de qui je parle.

DOROTHEE
Non.

IVES
Je parle de Ra -

DOROTHEE
(le coupe)
Non je n’ai pas de nouvelles de lui.

IVES
Appelle-le.

DOROTHEE
Son portable est éteint.

IVES
Va sonner à sa porte alors.

DOROTHEE
Je sais pas où il habite.

IVES
Il habite à cinq minutes d’ici à pieds, rue Nicolas Estrabol.

DOROTHEE
Pourquoi tu nous as pas dit d’aller le voir plus tôt ?

IVES
Parce que je croyais que quelqu’un aurait la présence d’esprit d’y penser avant même que je ne le mentionne.

DOROTHEE
Je pense que tu surestimes la capacité intellectuelle de ton équipe.

IVES
Je pense aussi.

DOROTHEE
On a un problème au stand Pictionnary.

IVES
Tous les feutres ont épuisé leur réserve d’encre simultanément ?

DOROTHEE
Pieuvrette est complètement soûle.

IVES
Pieuvrette ?

DOROTHEE
C’est une invitée de webbd.fr.

IVES
Soûle à quel point ?

DOROTHEE
Complètement.

IVES
En quoi c’est un problème ?

DOROTHEE
Elle dessine sur le tableau.

IVES
Elle est censée dessiner sur le tableau, c’est un Pictionnary.

DOROTHEE
Il y a un peu trop de nudité impliquée pour un stand qui est censé attirer les 7-12 ans.

IVES
Pourquoi elle est autant soûle ?

DOROTHEE
Elle est déprimée depuis que son copain l’a larguée parce qu’il la trouvait trop grosse il y a six mois et encore plus depuis ses deux dernières semaines parce que son chat Noisette est mort en se jetant de son balcon.

IVES
Tu lui parles beaucoup ?

DOROTHEE
Je lis son blog.

IVES
Dis à Jules de la virer du stand Pictionnary.

DOROTHEE
Elle sera triste.

IVES
Elle l’est déjà.

Ils arrivent devant un bâtiment en préfabriqué. C’est le bureau temporaire d’Ives et de son équipe pendant le festival.

IVES
Je m’arrête là. Quelque chose d’autre ?

DOROTHEE
Oui.

Elle l’embrasse. On comprend qu’ils sont en couple.

DOROTHEE
Bon courage

IVES
Merci.

Elle s’en va. Ives rentre dans le bureau. Une fille de son équipe, Charlotte, la vingtaine, l’accoste.

CHARLOTTE
Ah. Ives. On a un problème avec les badges.

IVES
Qu’est-ce qui se passe ?

CHARLOTTE
On devait écrire « Festival de blogs bd ».

IVES
Oui.

CHARLOTTE
On a écrit « Festival de blgs bd. »

IVES
De ?

CHARLOTTE
Blgs bd.

IVES
Je comprends pas un mot de ce que tu dis.

CHARLOTTE
C’est blogs bd sans le o.

IVES
C’est comme ça sur tous les badges ?

CHARLOTTE
Seulement ceux d’aujourd’hui.

IVES
Ceux de demain sont bons ?

CHARLOTTE
Oui.

IVES
Alors utilisez ceux de demain aujourd’hui et demain.

CHARLOTTE
On peut pas, ce n’est pas les mêmes auteurs qui viennent aujourd’hui et demain.

IVES
Ça a du sens.

CHARLOTTE
Qu’est-ce qu’on fait ?

IVES
Faites des badges à la main, ça fera hipster.

CHARLOTTE
Très bien.

Ives souffle un moment et prend un badge de la table pour l’examiner. Un autre membre de l’équipe l’appelle.

ANTOINE
Ives ? On a un problème.

IVES
Quoi ?

ANTOINE
On a toujours pas de nouvelles de lui.

IVES
Dorothée m’a dit.

ANTOINE
Vous pensez qu’il va venir ?

IVES
Quelle heure il est ?

ANTOINE
9h36.

IVES
Il a une dédicace à 10h, il viendra à 10h.

ANTOINE
Vous êtes sûr ?

Silence.

Ives regarde le badge qu’il a dans la main, on peut lire « Ragondin, auteur – Festival 404 – 3eme édition – Festival de blgs bd ».

IVES
Non.

Carton titre.

404

Way-Homer s02e04 - Robinson Chocolat (scenario)

Cliquez ici pour lire le Précédemment dans Way-Homer.

WAY-HOMER

Épisode 10

Robinson Chocolat

UN AN APRES L’INCIDENT

SCÈNE 1

LA VOIX-OFF
Joseph Bell pratiquait l’humour comme on pratique les échecs. Il ne laissait rien au hasard et faisait tout pour avoir le dernier mot. Il avait toujours six ou sept blagues d’avance tout en prévoyant minutieusement chaque réponse que pouvait lui donner son interlocuteur. Bell avait choisi l’humour comme force pour pallier son manque de culture dans de nombreux domaines différents ; la cuisine, la politique, la géographie ou les relations sociales. Cela rendait l’humour de Bell aussi déshumanisé que lui, et son manque d’ouverture le rendait odieux, méprisant et tout à fait fascinant. Bell ne choisissait jamais la simplicité dans l’humour, il considérait ses blagues non pas comme un simple divertissement mais comme un art véritable.

Pendant la voix-off, on voit deux hommes discuter dans la rue. La voix-off s’arrête juste avant la dernière réplique du dialogue.

L’HOMME 1
Je sais pas, j’aimais déjà pas beaucoup le seigneur des anneaux à la base.

L’HOMME 2
T’aimais pas le seigneur des anneaux ?

L’HOMME 1
Les elfes tout ça ça m’a jamais attiré.

L’HOMME 2
T’es fou, c’était les meilleurs films du monde.

L’HOMME 1
¨Mais le Hobbit est pourri.

L’HOMME 2
Mais le Hobbit est pourri.

L’HOMME 1
T’avais quel âge quand t’as vu le seigneur des anneaux ?

L’HOMME 2
Je sais pas, 12 ans ou quoi.

L’HOMME 1
Tu les as revus depuis ?

L’HOMME 2
Non.

L’HOMME 1
Ils sont bien les autres films que t’aimais quand t’avais douze ans ?

L’HOMME 2
Non.

L’HOMME 1
Qui te dit que le seigneur des anneaux c’était pas aussi pourri que le Hobbit ?

L’HOMME 2
Joue pas avec mes sentiments comme ça, c’est cruel.

L’HOMME 1
Hahaha.

Silence.

L’HOMME 1
Tu viens chez Mathilde ce soir ?

L’HOMME 2
Je sais pas, y’a qui qui vient ?

Une personne masquée arrive en courant derrière l’homme 1. Son masque représente Robinson Chocolat. Elle baisse le pantalon de l’Homme 1.

LA PERSONNE AU MASQUE DE ROBINSON
(crie en levant les bras)
Robinson Chocolat !

Elle s’enfuit en courant. Les deux hommes sont stupéfaits.

SCÈNE 2

Bell est dans son appartement, assis sur son fauteuil. Un livre posé à ses côtés. Il fume sa pipe. Le téléphone sonne. C’est Robinson.

ROBINSON
(au téléphone)
Allô Bell ?

BELL
Oui et non.

ROBINSON
Quoi ?

BELL
Oui, c’est moi, et non ce n’est pas moi le coupable.

ROBINSON
Vous savez pourquoi je vous appelle ?

BELL
Vous ne m’avez pas appelé depuis un an, votre livre vient de sortir et quelqu’un s’amuse à baisser les pantalons des gens dans la rue en criant votre nom. Soit vous m’appelez pour gentiment prendre des nouvelles, soit vous pensez que j’ai quelque chose à voir avec ça.

ROBINSON
S’il y a deux possibilités, pourquoi vous pensez tout de suite à la deuxième ?

BELL
Personne ne m’appelle jamais pour prendre gentiment de mes nouvelles.

ROBINSON
Je me demande pourquoi.

BELL
Au revoir, Robinson.

Il va pour raccrocher.

ROBINSON
Bell, attendez.

Silence.

ROBINSON
J’ai essayé de vous appeler, pour le livre, pendant que je l’écrivais. J’ai laissé des messages pour vous en parler. Ce n’est pas ma faute si n’avez pas voulu me répondre sur ce que je pouvais écrire ou pas et si le contenu vous a blessé dans votre ego.

BELL
Je ne suis pas blessé dans mon ego.

ROBINSON
Alors pourquoi vous essayer pathétiquement de me ridiculiser ?

BELL
Je n’essaye pas pathétiquement de vous ridiculiser.

ROBINSON
Vous baissez les pantalons des gens dans la rue avec un masque de moi la semaine de la sortie de mon livre et ça n’a rien à voir avec votre ego ?

BELL
Ça n’a rien à voir avec moi du tout.

ROBINSON
C’est immature et irrespectueux, ça a tout à voir avec vous.

BELL
Je n’ai pas lu votre livre, Robinson.

Silence.

BELL
Pourquoi je me vengerais de ce que vous dites sur moi si je ne sais pas ce que vous dites sur moi ?

ROBINSON
Pourquoi vous ne l’avez pas lu ?

BELL
Il parle de moi.

ROBINSON
Vous êtes beaucoup trop curieux pour ne pas lire un livre qui parle de vous.

BELL
Croyez-moi, Robinson, je n’ai pas besoin de le lire pour savoir exactement ce que vous dites de moi dedans.

ROBINSON
Parce que vous êtes aussi intelligent que Sherlock Holmes ?


BELL
Parce que vous êtes aussi prévisible que ce coup de téléphone.

Pause.

BELL
Quelqu’un d’autre sur terre est aussi immature et irrespectueux que moi, Robinson. Et il ne vous aime pas non plus, apparemment. Désolé de vous décevoir. Au revoir.

ROBINSON
Bell, je -

Il raccroche. Le livre posé à côté de lui est celui de Robinson, ouvert à la page citée par la voix-off de la scène 1.

SCÈNE 3

Locaux des Jokers. C’est un cinéma abandonné. Bell est en réunion avec ses complices (Complice 1, Complice 2 et la fille qu’Ulysse avait interrogé, MONA). Ils préparent un gros coup.

BELL
Tout le monde a appris ses répliques ?

Les deux complices et Mona hochent de la tête pour approuver.

BELL
Qui s’occupe de vérifier combien chaque personne qui rit nous doit ?

Complice 1 lève la main.

BELL
Très bien. Des questions ?

Complice 2 lève la main.

BELL
Oui ?

COMPLICE 2
Pourquoi vous nous avez pas parlé de votre opération Robinson Chocolat ?

BELL
Quoi ?

COMPLICE 2
On aurait pu vous aider.

BELL
Je n’ai pas besoin d’aide.

COMPLICE 1
Alors à quoi on sert nous depuis le début ?

BELL
Ce n’est pas moi qui baisse les pantalons des gens dans la rue en criant Robinson Chocolat.

COMPLICE 2
C’est qui alors ?

BELL
Quelqu’un qui veut m’aider, apparemment, en ridiculisant Robinson.

COMPLICE 1
Qui voudrait vous aider ?

BELL
Cette question n’est pas importante.

COMPLICE 1
Pourquoi ?

BELL
Parce que je n’ai pas besoin d’aide.

Silence.

BELL
Très bien, vous pouvez partir. On se voit mardi pour l’opération, révisez votre texte.

COMPLICE 1
Je connais mon texte.

BELL
Je sais. Je parle de Mona.

COMPLICE 2
Mona connaît pas son texte ?

BELL
Oui, et elle en a honte. Elle ne dit rien depuis le début de la réunion.

Il regarde Mona dans les yeux. Elle détourne le regard.

BELL
Vous avez quatre jours pour l’apprendre parfaitement, Mona. A mardi.

Il part.

SCÈNE 4

LA VOIX-OFF
Bell voyait le mensonge comme la graine de la fiction. Il affirmait qu’il mentait autant de fois dont il en avait besoin pour obtenir ce qu’il voulait, mais la situation était bien plus complexe que ça. Bell détestait la vérité et il était obsédé par elle. Il voulait la connaître a tout prix comme un gangster veut connaître son ennemi. L’ordinaire, le quotidien l’oppressaient terriblement et il se réfugiait quotidiennement dans le mensonge, le cannabis et la fiction. Joseph Bell était doté d’une logique implacable dans l’écriture et faisait tout pour fuir ses sentiments et toutes les choses qu’il jugeait superficielles, de peur de perdre son imagination.

Pendant la voix-off, on voit Robinson s’introduire dans le local des Jokers comme un voleur. Personne n’est la, il fouille dans le bureau de Bell et trouve le plan et le lieu de la prochaine intervention des Jokers. Il le met dans sa poche et continue a fouiller. Quand la voix-off s’arrête, il trouve a l’intérieur des toilettes, dans un sac plastique, un masque a son effigie. Il murmure quelque chose.

ROBINSON
(à lui-même)
Robinson Chocolat.

SCÈNE 5

Dans la rue, le gang des Jokers s’enfuient en courant d’un grand coup qu’ils viennent de faire. Ils sont déguisés en personnages d’Inception. Tout en courant, un homme avec un masque de Marion Cotillard parle avec une fille au masque d’Ellen Page (Mona).

MARION COTILLARD
Vous avez raté la blague du rêve dans le rêve.

ELLEN PAGE
J’ai dit exactement ce qu’il y avait dans le script.

MARION COTILLARD
Exactement.

ELLEN PAGE
C’est pas ce qu’il fallait faire ?

MARION COTILLARD
Vous auriez pu improviser un minimum.

ELLEN PAGE
Vous m’aviez dit de pas improviser.

MARION COTILLARD
De toute évidence, j’avais tort.

ELLEN PAGE
J’improviserai la prochaine fois.

MARION COTILLARD
Ça ne changera rien.

ELLEN PAGE
Qu’est-ce que j’ai fait de mal alors ?

MARION COTILLARD
Le timing.

ELLEN PAGE
Le timing ?

MARION COTILLARD
Vous avez foiré le timing.

Ils se cachent dans une petite ruelle.

MARION COTILLARD
Partez chercher la voiture, je reste là pour compter l’argent.

La fille au masque d’Ellen Page part en courant. L’homme au masque de Marion Cotillard reste seul, il compte l’argent recupéré. Un homme avec le masque de Robinson de la scene 1 surgit et baisse le pantalon de l’homme au masque de Marion Cotillard. Il se retourne. L’homme au masque de Robinson enlève son masque. C’est Robinson.

ROBINSON
Salut Bell.

Les deux hommes se regardent sans rien dire.


SCÈNE 6

Même ruelle, Bell et Robinson sont face à face, ils tiennent leur masque dans la main.

BELL
Ne me dites pas que c’est vous depuis le début qui baissait les pantalons des gens en portant un masque de vous-même et en criant votre nom. C’est un retournement de situation complètement absurde et injustifié.

ROBINSON
Pourquoi vous continuez de faire l’innocent, Bell ?

BELL
Non, ce n’est pas vous. Vous n’êtes pas assez narcissique pour faire ça.

ROBINSON
J’ai trouvé le masque dans votre bureau.

BELL
Vous mentez.

ROBINSON
Pourquoi je mentirais ?

BELL
Parce que je n’avais pas ce masque chez moi.

ROBINSON
Je l’ai trouvé au local des Jokers.

BELL
Au local ?


ROBINSON
Maintenant vous pouvez arrêter de faire l’enfant et avouer une bonne fois pour toutes.

BELL
Comment vous saviez où était le local ?

ROBINSON
Vous y alliez tout le temps pour fumer et réfléchir tout seul quand je vivais avec vous. C’était un repaire de gangsters idéal.

BELL
Vous êtes moins stupide que je le pensais, Robinson.

ROBINSON
Vous me flattez.

BELL
Par contre vous mentez mal.

ROBINSON
Je ne suis pas en train de mentir.

BELL
Justement. Si vous étiez en train de mentir, je le remarquerais. Ce qui veut dire que vous avez vraiment trouvé le masque dans le local.

ROBINSON
Vous allez vous excuser ?

BELL
Vous êtes moins intelligent que vous le pensez, Robinson.

ROBINSON
De quoi vous parlez ?

BELL
Pourquoi ce n’est pas drôle de baisser les pantalons des gens n’importe quand ?

ROBINSON
Parce que c’est une mauvaise blague ?

BELL
Parce que c’est un mauvais timing.

Bell donne le masque de Marion Cotillard à Robinson.

BELL
Tenez. En souvenir.

Il s’en va, motivé par son illumination. Robinson reste immobile, ne comprenant pas, les deux masques dans les mains.

SCÈNE 7

La nuit. Mona rentre chez elle. Elle allume la lumière et crie, surprise, Bell est assis sur son fauteuil.

BELL
Bouh.

MONA
Bell ? Qu’est-ce que vous faites là ?

BELL
Vous êtes amoureuse de moi.

MONA
De quoi ?

BELL
Ne niez pas, je le sais, j’ai des amis qui travaillent dans la police.

Elle rit, gênée.

BELL
Ce n’est pas une blague. J’ai jeté un œil à votre casier judiciaire, il est vide.

MONA
Je n’ai pas de casier judiciaire donc je vous aime ?

BELL
Vous n’avez pas de casier judiciaire donc vous n’avez jamais enfreint la loi.

MONA
J’ai peut-être enfreint la loi plein de fois sans jamais me faire prendre.

BELL
Je suis sûr que vous avez fumé quelques joints au lycée et que vous avez volé un bonbon dans un magasin quand vous étiez à la maternelle. Mais à part ça, rien. Vous avez fait une carrière dans l’humour en faisant des blagues faciles pour plaire poliment à tout le monde.

Pause.

BELL
Jusqu’au jour où vous avez rejoint les Jokers.

MONA
Je n’ai pas rejoint les Jokers parce que j’étais amoureuse de vous.

BELL
Non, vous avez rejoint les Jokers parce que vous aviez besoin de changement, je représentais ce changement et vous êtes tombée amoureuse de moi. C’est pour ça que vous avez baissé les pantalons des gens en criant Robinson Chocolat. Parce que vous pensiez bêtement que ça allait me faire plaisir.

Pause. Mona ne répond rien, troublée.

BELL
Je ne fais pas des blagues pour ridiculiser les gens, Mona, je fais des blagues parce qu’elles sont drôles. Vous le sauriez si vous étiez douée à votre travail.

MONA
Je suis douée à mon travail.

BELL
Alors c’est dommage.

MONA
Pourquoi ?

BELL
Parce que vous êtes virée.

Il se lève du fauteuil et va pour partir.

BELL
Au revoir, Mona.

MONA
Vous avez tort, vous savez.

Il s’arrête.

MONA
Vous faites des blagues pour ridiculiser les gens. C’est tout ce qui vous importe. Vous voulez absolument prouver à tout le monde que vous êtes le plus intelligent. Vous faites des blagues pour flatter votre égo, pour vous rassurer, parce que vous n’avez rien d’autre.

Bell la regarde.

BELL
Vous pouvez passer au bureau lundi à huit heures pour récupérer vos affaires. Au revoir.

Il part et laisse Mona seule.

Fin.

joseph roussin tous droits réservés